M. Abel, fort ému lui-même, le releva, le serra dans ses bras, baisa son front, ses joues baignées de larmes, et tendit la main à Simon, qui la serra dans les siennes, et, cédant à un attrait irrésistible, la baisa en s'inclinant profondément.

M. ABEL.

Allons, je suis découvert! Pas moyen de résister à la pénétration de mon bon petit Jean. Cher enfant, et toi, mon bon Simon, vous m'avez donné plus de bonheur que je ne pourrai jamais vous en rendre, en me découvrant les trésors de deux belles âmes bien chrétiennes, bien honnêtes. Depuis plus d'un an que je vous connais, j'ai passé quelques heures bien heureuses, dont je conserverai le souvenir. J'ai toujours vécu seul; orphelin dès mon enfance, élevé ou plutôt tyrannisé par une tante méchante, sans foi et sans coeur; sachant par expérience combien les coeurs dévoué sont rares, ayant fait moi-même ma fortune avec le talent de peintre que le bon Dieu m'a donné, j'ai éprouvé à ma première rencontre avec toi, Jean, une impression qui ne s'est pas effacée; tu étais bon, reconnaissant, affectionné, je désirais te revoir; j'avais, d'ailleurs, à expier la frayeur et la peine que je t'avais causées en te dépouillant. Ta joie en me revoyant m'a touché, m'a attiré; Simon, que j'ai reconnu de suite à sa ressemblance avec toi, m'a paru digne d'être ton frère; je me suis de plus en plus attaché à vous, j'ai voulu vous faire du bien sans me découvrir; votre reconnaissance à propos des habits neufs m'a extrêmement touché et a augmenté mon amitié pour vous. Je n'ai pas de parents; je n'ai ni femme ni enfants; je suis seul dans ce monde; je puis donc, sans faire de tort à personne, me donner le plaisir de vous faire du bien. Mais... voici du monde qui arrive; lève-toi, mon petit Jean, mon cher enfant. Nous nous voyons tous les jours.... Simon, tu me tiendras au courant de tes affaires, ajouta M. Abel en souriant et en lui serrant la main. Et si on te parle de ta fortune, sache que tu as déjà trois mille francs placés en obligations de chemin de l'Est.

SIMON.

Oh! monsieur!

M. ABEL.

Chut! il y a du monde.... A demain, mes enfants. Adieu, mon petit Jean; c'est bien toi qui as un coeur d'or.... Silence! A demain, de bonne heure.»

M. Abel sortit, presque aussi heureux que ses deux protégés.

Quand la journée fut finie, Simon et Jean montèrent chez eux pour écrire à leur mère, mais non sans s'être bien embrassés et félicités. Ils prièrent ensemble le bon Dieu; ils le remercièrent et lui demandèrent de bénir leur bienfaiteur, et de lui faire rencontrer un coeur qui l'aimât pour qu'il fût bien heureux. Puis ils se mirent à écrire chacun de son côté.