Non, non, tes yeux parlent assez clair; un regard de toi, et je devine tout.... Mais j'ai à le parler, Jean; voilà Simon qui va bientôt se marier: il n'est plus seul déjà, puisqu'il va presque tous les soirs chez Mlle Aimée. Je crois bien que le père va faire le mariage au printemps prochain, dans quelques mois d'ici. Une fois Simon marié et établi chez son beau-père, qu'il aidera dans son commerce, je ne veux pas que tu restes ici. Tes camarades ne sont pas bons; ils chercheraient à te mener à mal, et tu n'aurais peut-être pas la force de résister; tu perdrais tes habitudes chrétiennes, tes bons sentiments: ce qui me causerait un vif chagrin.
JEAN.
Oh! monsieur, que puis-je faire pour vous épargner cette inquiétude? Quant au chagrin, j'espère, avec l'aide du bon Dieu, ne jamais vous en donner. Mais faites de moi ce que vous voudrez, monsieur: je vous obéirai en tout.
M. ABEL.
Je te remercie, mon enfant. Voilà donc mon idée. Je te retirerai d'ici et je te placerai comme domestique chez des amis très chrétiens, très bons; le mari et la femme sont très pieux, leurs enfants sont bien élevés et charmants; c'est une famille excellente, charitable, quoique riche, et c'est là que je voudrais te faire entrez; tu serais second domestique sous les ordres d'un homme excellent qui ne te rendrait pas la vie dure, et ton emploi principal serait de soigner et de distraire le pauvre petit garçon de dix ans, qui est un vrai petit saint. Il est couché depuis plus d'un an, il souffre sans cesse, et jamais il ne se plaint, jamais il ne s'impatiente; il est réellement touchant et attachant.
JEAN.
Merci, monsieur, merci; voyez, je ne dis plus rien, je vous regarde.»
M. Abel se mit à rire, donna une petite tape amicale sur la joue de Jean et se leva de table.
M. ABEL.
Je vais m'occuper de toi; je te donnerai réponse définitive demain.»