Je veux vous parler, monsieur l'épicier, au sujet du garçon que vous appelez Jeannot. Vous n'y tenez pas, il ne tient pas à vous; je vous en débarrasse. Envoyez-le demain là où je lui ai dit d'aller. Il faut qu'il y aille; entendez-vous? il le faut. Il vous devra une indemnité pour les huit jours que vous auriez le droit de lui demander; la voici.»
Il jeta sur le comptoir une pièce de vingt francs et sortit, laissant Pontois stupéfait.
«Qui est donc ce monsieur? On dirait d'un prince! Quel air! quelle hauteur!... Et comme il a jeté cette pièce d'or! comme on ferait d'un sou.... Il me débarrasse de Jeannot, qui est un mauvais drôle, et il me paye encore! Bonne affaire pour moi.... Mais qui est donc ce M. Abel?»
Il ramassa la pièce d'or, la mit dans son gousset, appela un garçon et remonta dans son entresol.
XX
JEAN CHEZ LE PETIT ROGER
M. Abel vint déjeuner au café; comme d'habitude Jean lui sourit, mais ce sourire était triste: il le regarda, mais ses yeux étaient humides.
M. ABEL.
Courage, mon enfant! Je vois bien ce qui t'afflige: c'est de quitter ton frère. Mais tu restes près de lui, tu le verras souvent; et puis, il eût bien fallu le quitter un peu plus tard, quand lui-même, étant marié, aura pris le commerce de son beau-père.