Oh oui! Prions, pour que le bon Dieu vous rende la santé.

ROGER.

Non!... Prions pour que sa volonté soit faite, et qu'il fasse de moi tout ce qu'il voudra.... C'est mieux, ça.... Je suis content aujourd'hui, reprit-il après un assez long silence. Papa et maman pourront se reposer pendant que tu es près de moi, Jean.... Et je suis tranquille quand ils se reposent.... Mon ami Abel t'aime beaucoup, Jean,... parce que tu aimes bien le bon Dieu.... Et moi aussi, je t'aime pour cela, et je suis content quand tu es là, près de mon lit.... Et puis, j'aime à voir tes yeux; ils sont doux, ils sont bons; ils ont toujours l'air d'aimer.»

Roger s'arrêta; son visage se contracta.

«Jean, Jean,... prie pour moi,... que le bon Dieu m'aide.... Je souffre, je souffre!... Ah! mon Dieu! Ah! mon Dieu!... Pardon. Ma bonne sainte Vierge! Aidez-moi! Ayez pitié de moi! Oh! Dieu!»

Jean retira sa main d'entre celles de Roger, qui n'eut pas la force de la retenir, et il courut chercher Mme de Grignan, qui causait avec le médecin de la maladie et des souffrances de son enfant. Ils entrèrent et renvoyèrent Jean à Barcuss. M. Abel arriva peu de temps après. Jean profita de ce qu'il se trouvait seul avec M. Abel pour lui dire rapidement ses nouveaux motifs de reconnaissance; il se mit à genoux devant lui pour donner un coup de brosse à ses bottes, et, dans cette position humble et reconnaissante, il lui dit des paroles de tendresse et de dévouement.

M. ABEL.

Tais-toi, tais-toi, mon enfant. Tu sais que tu es convenu avec moi de ne me remercier que par les yeux. Si quelqu'un t'entendait, on pourrait croire que je suis réellement ton sauveur, ton bienfaiteur. Je veux être ton ami et ton protecteur, rien de plus. Voici Barcuss. Silence.... Eh bien, Barcuss, où avez-vous logé mon petit Jean?

BARCUSS.

Monsieur, j'ai fait porter sa malle dans la chambre près de la mienne.»