JEAN.
Oh oui! monsieur; et votre indulgence, et votre bonté, qui ne se sont jamais démenties. Voici ce que c'est, monsieur. Je me sens pour Marie un attrait qui me ferait vraiment désirer de l'épouser. Et il m'est impossible de me marier, parce qu'en me mariant ainsi, mon beau-père et ma mère voudraient nous garder près d'eux. Et si je vous quittais, monsieur, je me sentirais si malheureux, si ingrat, si égoïste, que je n'aurais pas une minute de repos et que j'en mourrais de chagrin. D'un autre côté, quand je quitte Marie, il me semble que c'est mon âme qui s'en va et que je reste seul dans le monde. Elle m'a dit que pour elle c'était la même chose, et qu'elle pleurait souvent en pensant à moi. Je lui ai dit ce qui m'arrêtait; elle l'a compris, et nous sommes convenus, elle de rester fille, et moi de rester garçon; je me console par la pensée de ne jamais quitter monsieur et de vivre bien heureux pour monsieur et pour madame.»
Et, en disant ces mots, la voix lui manqua; il se tourna comme pour arranger quelque chose et disparut.
M. Abel resta triste et pensif.
«Heureux! Pauvre garçon! C'est pour moi qu'il sacrifie son bonheur et celui de la femme qu'il aime. Je ne peux pas accepter ça. Il sera marié avant un mois d'ici.»
M. Abel sonna. Baptiste entra.
«Baptiste, allez à la ferme et dites à Kersac de venir me parler.»
Kersac s'empressa d'arriver.
«J'ai une affaire à traiter avec vous, Kersac. Je vous demande votre appui et je vous offre le mien.»
Ils s'enfermèrent pour traiter leur affaire sans être dérangés: une demi-heure après, Kersac se retirait en se frottant les mains.