Si fait, si fait, je m'y connais; j'en ai eu plus de dix à mon service; je ne me trompe plus maintenant.»
Ils retournaient sur leurs pas et reprenaient la grande route de Malansac, lorsqu'ils entendirent le galop précipité d'un cheval. Quand il approcha, Kersac reconnut le sien qui arrivait ventre à terre. Il se jeta sur la route pour lui couper le chemin, saisit la bride, mais le cheval était lancé; Kersac, malgré sa force, ne put l'arrêter sur le coup, et il se trouva jeté par terre, traîné et en danger d'être piétiné. Jean, voyant l'imminence du péril, se jeta au-devant du cheval et se suspendit à ses naseaux, ce qui le fit arrêter, à moitié calmé, immédiatement.
Kersac voulut se relever, mais il retomba; il avait un pied foulé.
Jean commença par attacher à un arbre l'animal essoufflé et tremblant, et courut à Kersac, qui était pâle et prêt à défaillir. Jean aperçut une fontaine près de la route; il y courut, trempa son mouchoir dans cette eau fraîche et limpide, et revint en courant pour bassiner le front et les tempes de Kersac. Deux fois encore il retourna à la fontaine; ce ne fut qu'à la troisième fois que Kersac rouvrit les yeux et reprit connaissance.
Il serra la main de Jean et essaya de se lever; ce fut avec une grande difficulté et après plusieurs essais qu'il put y parvenir; il se tint debout, appuyé sur son bâton, mais il ne pouvait marcher.
«N'essayez pas, n'essayez pas, monsieur, dit Jean; je vais calmer votre cheval; je l'approcherai tout près de vous, et si vous pouvez monter dessus, nous sommes sauvés.»
Kersac était au bord du fossé qui bordait la route. Jean détacha le cheval, le caressa, le flatta, lui présenta une poignée d'herbe, et, pendant que l'animal mangeait, il le fit descendre dans le fossé, l'arrêta en face de Kersac, et le maintint par la bride pendant que Kersac cherchait à le monter. Il n'y parvenait pas, parce qu'il ne pouvait s'appuyer sur son pied foulé.
JEAN.
Couchez-vous en travers sur le cheval, monsieur, et quand vous y serez, passez votre jambe blessée.»
Kersac suivit le conseil de Jean et se trouva solidement placé sur le dos du cheval. Jean lui fit remonter le fossé avec précaution et le mena par la bride. Ils arrivèrent à Malansac à la nuit; le premier objet que vit Kersac fut Jeannot se tenant à moitié caché derrière la porte de l'écurie.