Il ne la connaît pour ainsi dire pas, monsieur.»

Hélène donna un morceau de pain à l'enfant, et raconta à Kersac sa rencontre avec la petite fille, la veille du départ de Jean.

«J'étais bien désolée, monsieur, quand je me suis vue cette petite fille sur les bras; moi qui venais d'envoyer mon pauvre enfant, mon cher petit Jean, parce que nous n'avions plus de quoi vivre; il ne demandait qu'à travailler, mais, dans nos pays, il n'y a guère d'ouvrage pour les enfants. Quand je rentrai chez moi après avoir quitté mon petit Jean et Jeannot, je priai bien le bon Dieu de venir à mon secours. La petite s'éveillait, elle demandait à manger; je remis sur le feu le reste du lait de Jean; il n'avait guère mangé, pauvre enfant, quoiqu'il eût l'air résolu et riant. Je voyais bien de temps à autre une larme qui roulait sur sa joue, il me la cachait, et il croyait que je ne la voyais pas et que je n'en versais pas moi-même.»

Hélène cacha son visage dans ses mains; Kersac l'entendit sangloter.

«Voyons, ma bonne dame Hélène, dit-il, ayez courage.... L'enfant n'est pas malheureux! Le bon Dieu lui est venu en aide.

HÉLÈNE.

En vous envoyant près de lui comme un bon ange, c'est vrai, monsieur. Et puis, avant vous, un autre homme du bon Dieu l'avait pris en pitié; ce bon monsieur est venu me voir; il m'a apporté vingt francs de la part de mon pauvre Jean; comme si Jean avait jamais eu vingt francs dans sa bourse! Il m'a fallu les prendre, sous peine d'offenser ce bon monsieur.

KERSAC.

Jean m'a raconté cette rencontre du prétendu voleur.

HÉLÈNE.