Si fait, si fait, je vous connais! Je vous connaissais avant de vous avoir vue, et à présent je vous connais comme si nous étions de vieux amis. Je reviendrai vous voir. Je cours souvent le pays pour les besoins de ma ferme; je passerai par chez vous toutes les fois que j'aurai du temps devant moi. Au revoir donc et prenez courage. Je suis content de vous laisser calme; cela me faisait mal de vous voir pleurer.»
Kersac fit un salut amical à Hélène, caressa la pauvre petite fille abandonnée, à laquelle il s'intéressait déjà, et alla détacher son cheval. Il monta dans sa carriole et s'éloigna rapidement.
Hélène le suivit longtemps du regard; puis elle rentra, soupira et leva les yeux au ciel.
«Merci, mon Dieu et ma bonne sainte Vierge! dit-elle avec ferveur; vous m'avez envoyé un protecteur pour mon petit Jean, et du pain pour cette malheureuse enfant!»
Et elle se remit à son rouet.
VIII
RÉUNION DES FRÈRES
Kersac pressait le pas de son cheval; il était tard.
«Je suis resté trop longtemps chez cette pauvre femme, se disait-il. Je voyais que ma présence la consolait; c'est comme si elle avait eu Jean auprès d'elle! Pauvre mère! c'est pourtant terrible d'envoyer son enfant faire cent vingt lieues à pied, seul, presque sans argent, pour arriver à Paris, où tant de jeunes gens se perdent et meurent de faim.... J'irai la consoler et lui parler de Jean quelquefois; c'est une charité. Et je donnerai de ses nouvelles à.... Imbécile que je suis, s'écria-t-il, j'ai oublié de demander à Jean son adresse! C'est-il bête! Où le trouver dans ce grand diable de Paris?... La mère doit le savoir; je le lui demanderai quand je la verrai.»