Dérigny se leva et porta la main à son front pour faire le salut militaire.
DÉRIGNY.—Grand merci, mon général! Mais comment se fait-il que mes enfants se trouvent ici à plus de vingt lieues de l'endroit où je les avais laissés?
MADAME BLIDOT.—C'est le bon Dieu et Moutier qui nous les ont amenés, mon cher Monsieur.
JACQUES.—Et aussi la sainte Vierge, papa, puisque je l'avais priée comme ma pauvre maman me l'avait recommandé.
DÉRIGNY.—Mon bon Jacquot! Te souviens-tu encore de ta pauvre maman?
JACQUES.—Très bien, papa, mais pas beaucoup de sa figure; je sais seulement qu'elle était pâle, si pâle que j'avais peur.
Dérigny l'embrassa pour toute réponse et soupira profondément.
JACQUES.—Vous êtes encore triste, papa? et pourtant vous nous avez retrouvés, Paul et moi!
DÉRIGNY.—Je pense à votre pauvre maman, cher enfant; c'est elle qui vous a protégés près du bon Dieu et de la sainte Vierge et qui vous a amenés ici. Mon bon Moutier, comment avez-vous connu mes enfants?
MOUTIER.—Je vous raconterai ça quand nous aurons dîné, mon ami; et quand les enfants seront couchés. Ils savent cela, eux, il est inutile qu'ils me l'entendent raconter.