Le général descendit le perron, entraînant Mme Blidot, suivi d'Elfy qui donnait le bras à Moutier, et du reste de la société. Jacques et Paul couraient en éclaireurs; ils arrivèrent les premiers à l'Ange-Gardien, et firent des exclamations de joie sans fin. Le devant de la maison était garni de caisses d'orangers et autres arbustes en fleurs; la salle était tapissée d'étoffe bleue, ainsi que la cuisine; des tables étaient mises dans les deux salles. Le général fit asseoir tous les invités; lui, Elfy et Moutier présidaient la première table; Mme Blidot, Dérigny et les enfants faisaient les honneurs de la seconde; plusieurs domestiques, venus de Paris, firent le service; ils passaient les plats, les vins; les cuisiniers s'étaient surpassés: on n'avait jamais mangé, ni bu, ni vu chose pareille à Loumigny. Le curé était à la gauche du général, Elfy se trouvait placée entre le général et Moutier, puis le notaire et les autres convives. Le dîner fut long et gai.
«Défense de se donner d'indigestion aujourd'hui, criait le général; on doit se ménager pour demain: ce sera bien autre chose.»
—Qu'y aura-t-il demain? demanda un convive.
LE GÉNÉRAL—Qui vivra verra. Il y aura un festin de Balthazar!
LE CONVIVE.—Qu'est-ce que c'est que ça, Balthazar?
LE GÉNÉRAL—Balthazar était un gredin, un fieffé gourmand, mais un fin connaisseur en vins et en toutes espèces de comestibles, et, quand on voulait bien dîner, on allait chez Balthazar.
—Ah oui! comme à Paris, quand on va chez Véry, dit un des convives qui avait la prétention d'avoir de l'instruction et de connaître Paris, parce qu'il y avait passé une fois trois jours comme témoin dans une affaire criminelle.
—Tout juste! c'est ça, dit le général en se tordant de rire. Je vois, M'sieur, que vous connaissez Paris.
LE CONVIVE INSTRUIT.—Un peu, M'sieur, j'y ai passé quelque temps.
LE GÉNÉRAL.—Avez-vous été au spectacle, M'sieur?