A la fin du dîner, après les glaces de diverses espèces, les ananas, les fruits de toutes saisons, les bonbons et autres friandises. Elfy proposa de boire à la santé de l'artiste auteur du dîner merveilleux dont on venait de se régaler. Le général reçut cette proposition avec une reconnaissance sans égale. Il vit qu'Elfy savait apprécier une bonne cuisine, et, dans sa joie, il la proclama la perle des femmes. On but cette santé devant le héros artiste, que le général fit venir pour le complimenter, qui se rengorgea, qui remercia et qui se retira récompensé de ses fatigues et de ses ennuis.

La journée s'avançait; le général demanda si l'on n'aimerait pas à la finir par un bal. On accepta avec empressement; mais où trouver un violon?

Personne n'y avait pensé.

«Que cela ne vous inquiète pas! ne suis-je pas là, moi? Allons danser sur le pré d'Elfy; nous trouverons bien une petite musique; il n'en faut pas tant pour danser; le premier crincrin fera notre affaire.»

La noce se dirigea vers l'Ange-Gardien qu'on trouva décoré comme la veille. On passa dans le jardin. Sur le pré étaient dressées deux grandes tentes, l'une pour danser, l'autre pour manger; un buffet entourait de trois côtés cette dernière et devait, jusqu'au lendemain, se trouver couvert de viandes froides, de poissons, de pâtisseries, de crèmes, de gelées; la tente de bal était ouverte d'un côté, et garnie des trois autres de candélabres, de fleurs et de banquettes de velours rouge à frange d'or. Au fond, sur une estrade, était un orchestre composé de six musiciens, qui commencèrent une contredanse dès que le général eut fait son entrée avec la mariée.

Les enfants, les jeunes, les vieux, tout le monde dansa; le général ouvrit le bal avec Elfy, valsa avec Mme Blidot, dansa, valsa toute la soirée, presque toute la nuit comme un vrai sous-lieutenant; il suait à grosses gouttes, mais la gaieté générale l'avait gagné et il accomplissait les exploits d'un jeune homme. Elfy et Moutier dansèrent à s'exténuer; tout le monde en fit autant, en entrecoupant les danses de visites aux buffets; on eut fort à faire pour satisfaire l'appétit des danseurs. A dix heures, il y eut un quart d'heure de relâche pour voir tirer un feu d'artifice qui redoubla l'admiration des invités. Jamais à Loumigny on n'avait tiré que des pétards. Aussi le souvenir de la noce de Moutier à l'Ange-Gardien y est-il aussi vivant qu'au lendemain de cette fête si complète et si splendide. Mais tout a une fin, et la fatigue fit sonner la retraite à une heure avancée de la nuit. Chacun alla enfin se coucher, heureux, joyeux, éreinté.

Jacques et Paul dormirent le lendemain jusqu'au soir, soupèrent et se recouchèrent encore jusqu'au lendemain. Il y eut plusieurs indigestions à la suite de ce festin de Balthazar; l'habitué de Paris manqua en mourir, le notaire fut pendant trois jours hors d'état de faire le moindre acte.

Le général, qui s'était établi chez lui à l'ex-auberge de Bournier avec Dérigny, fut un peu indisposé et courbaturé; il garda à son service un des cuisiniers venus de Paris, en lui recommandant de se faire envoyer des provisions de toute sorte.

XXIII

Un mariage sans noce.