DÉRIGNY.—Mon général, que de bontés! Mes chers enfants, ils vous devront tout, ainsi que leur père. Oh oui! mon général, parlez-lui, demandez-lui, au nom de mes enfants, qu'elle devienne leur vraie mère, que je puisse les lui donner en les conservant.

LE GÉNÉRAL—Aujourd'hui même, mon cher Dérigny; je suis content de vous trouver si raisonnable. Allez me chercher Mme Blidot, que je lui parle tout de suite... Mais non, c'est impossible; vous ne pouvez pas y aller pour cela. Envoyez-moi le curé; je le lui enverrai à mon tour; il me la ramènera et à nous deux nous ferons votre affaire. Allez, mon ami, vite, vite, et puis allez voir vos enfants. Dérigny ne se le fit pas dire deux fois; il n'avait pas encore vu ses enfants; il ignorait qu'ils dormaient encore. Il alla lestement faire au curé la commission du général et courut à l'Ange-Gardien; il y trouva Mme Blidot seule. Il éprouva un instant d'embarras. «Je suis seule éveillée, dit-elle en souriant. Ils sont tous éreintés et ils dorment tous.»

DÉRIGNY:—Je venais voir mes enfants, ma bonne madame Blidot.

MADAME BLIDOT.—Monsieur Dérigny, je suis bien aise que nous soyons seuls: j'ai à causer avec vous au sujet des enfants. Mon cher monsieur Dérigny, vous savez combien je les aime; les perdre serait ma mort. Voulez-vous me les laisser?

Dérigny hésita avant de répondre. Mme Blidot restait tremblante devant lui; elle le regardait avec anxiété; elle attendait une réponse.

«Jamais je n'aurai le courage de les reperdre une seconde fois», dit Dérigny à voix basse.

-Mon Dieu, mon Dieu! s'écria Mme Blidot en cachant sa figure dans ses mains, je l'avais prévu! Elle sanglotait, Dérigny s'assit près d'elle.

DÉRIGNY.—Chère madame Blidot, si vous saviez combien votre tendresse pour mes enfants me touche!

MADAME BLIDOT.—Elle vous touche, et vous ne voulez rien faire pour la contenter.»

DÉRIGNY.—Pardonnez-moi, je suis disposé à faire beaucoup pour vous les laisser, mais je ne puis, je n'ose vous le dire moi-même: le général vous en parlera, et, si vous acceptez la proposition qu'il vous fera en mon nom, mes enfants seront les vôtres.