Le général partit d'un éclat de rire:
«Ha! ha! ha! et nous qui faisions de la diplomatie, monsieur le curé et moi, pour arriver à vous faire consentir. La bonne farce! La bonne histoire! Je te fais mon compliment, mon bon Dérigny. Tu vois bien, mon ami, que les terres ont bien fait.»
DÉRIGNY, riant.—Elles n'ont rien fait, général; elle ne sait seulement pas que vous me donnez quelque chose.
LE GÉNÉRAL.—Comment! vous ne lui avez pas dit?
DÉRIGNY.—Je n'ai pas eu le temps, mon général. Quand cette excellente femme a compris qu'en m'épousant elle ne se séparait pas de mes enfants, elle m'a remercié comme d'un bienfait et elle a couru chez vous pour vous exprimer sa reconnaissance d'avoir arrangé son bonheur, disait-elle.
—Pauvre femme! dit le général attendri. Pauvre petite femme! C'est bien par amour pour les enfants! Avec un coeur pareil, Dérigny, vous serez heureux, et les enfants aussi.
DÉRIGNY.—Que Dieu vous entende, mon général! Mme Blidot causait pendant ce temps avec le curé.
«Je n'ai plus de souci, de poids sur le coeur, disait-elle. Monsieur le curé, dites demain une messe pour moi, en action de grâces. Allons, adieu, au revoir, monsieur le curé; à tantôt, mon bon général, nous viendrons voir comment vous vous trouvez de vos fatigues d'hier. Sans adieu, mon cher Dérigny, je cours voir mes enfants et annoncer la bonne nouvelle à Elfy.»
Mme Blidot disparut aussi vite qu'elle était entrée, laissant Dérigny content, mais étonné, le général riant et se frottant les mains, le curé partageant la gaieté et la satisfaction du général.
LE GÉNÉRAL.—Eh bien, mon ami, vous qui n'y pensiez pas, vous qui avez bondi comme un lion quand je vous en ai parlé, vous qui trouviez ce mariage impossible il y a une heure à peine, vous voilà presque marié.