L'HÔTESSE.—Tant que vous voudrez, mon cher Monsieur; c'est juste: je comprends que vous vouliez vous donner un peu de temps pour savoir comment je suis et pour voir installer mes enfants,... car je puis bien dire à présent mes enfants, n'est-ce pas?
MOUTIER.—Ils restent un peu à moi aussi, sans reproche; et je ne dis pas que je ne reviendrai pas les voir un jour ou l'autre.
L'HÔTESSE.—Quand vous voudrez; j'aurai toujours un lit pour vous coucher et un bon dîner pour vous refaire. Et à présent je vais voir à mes enfants; ne voilà-t-il pas les soins maternels qui commencent? D'abord il me faut les coucher pas loin de moi et de ma soeur. Et puis, il leur faudra du linge, des vêtements, des chaussures.
MOUTIER.—C'est pourtant vrai! Je n'y songeais pas. C'est moi qui suis honteux de vous causer ces embarras et cette dépense; ça, voyez-vous, ma bonne hôtesse, inutile de m'en cacher: je n'ai pas de quoi payer tout cela; j'ai tout juste mes frais de route et une pièce de dix francs pour l'imprévu; un cigare, un raccommodage de souliers, une petite charité en passant, à plus pauvre que moi. Par exemple, je peux partager la pièce, et vous laisser cinq francs. J'arriverai tout de même; je me passerai bien de tabac et de souliers. Il y en a tant qui marchent nu-pieds! on se les baigne en passant devant un ruisseau, et on n'en marche que mieux.
L'HÔTESSE.—Gardez votre pièce, mon bon Monsieur; je n'en suis pas à cinq francs près. Gardez-la; votre bonne intention suffit, et les enfants ne manqueront de Rien.
L'hôtesse se leva, fit en souriant un signe de tête amical à Moutier et sortit.
III
Informations.
Mme Blidot appela sa soeur Elly, qui lavait la lessive, lui raconta l'aventure qui venait d'arriver et la pria de venir l'aider à préparer, pour les enfants, le cabinet près de la chambre où elles couchaient toutes deux.
«C'est le bon Dieu qui nous envoie ces enfants, dit Elfy; la seule chose qui manquait pour animer notre intérieur! Sont-ils gentils? Ont-ils l'air de bons garçons, d'enfants bien élevés?»