Le voyageur, devinant qu'il fallait porter secours à quelqu'un, s'approcha de son chien et vit avec surprise ces deux enfants abandonnés. Leur immobilité lui fit craindre qu'ils ne fussent morts; mais, en se baissant vers eux, il vit qu'ils respiraient; il toucha les mains et les joues du petit: elles n'étaient pas très froides; celles du plus grand étaient complètement glacées; quelques gouttes de pluie avaient pénétré à travers les feuilles de l'arbre et tombaient sur ses épaules couvertes seulement de sa chemise.
«Pauvres enfants! dit l'homme à mi-voix, ils vont périr de froid et de faim, car je ne vois rien près d'eux, ni paquets ni provisions. Comment a-t-on laissé de pauvres petits êtres si jeunes, seuls, sur une grande route? Que faire? Les laisser ici, c'est vouloir leur mort. Les emmener? J'ai loin à aller et je suis à pied; ils ne pourraient me suivre.»
Pendant que l'homme réfléchissait, le chien s'impatientait: il commençait à aboyer; ce bruit réveilla le frère aîné; il ouvrit les yeux, regarda le voyageur d'un air étonné et suppliant, puis le chien, qu'il caressa, en lui Disant:
«Oh! tais-toi, tais-toi, je t'en prie; ne fais pas de bruit, n'éveille pas le pauvre Paul qui dort et qui ne souffre pas. Je l'ai bien couvert, tu vois; il a bien chaud.»
—Et toi, mon pauvre petit, dit l'homme, tu as bien Froid!
L'ENFANT.—Moi, ça ne fait rien; je suis grand, je suis fort; mais lui, il est petit; il pleure quand il a froid, quand il a faim.
L'HOMME.—Pourquoi êtes-vous ici tous les deux?
L'ENFANT.—Parce que maman est morte et que papa a été pris par les gendarmes, et nous n'avons plus de maison et nous sommes tout seuls.
L'HOMME.—Pourquoi les gendarmes ont-ils emmené ton papa?
L'ENFANT.—Je ne sais pas; peut-être pour lui donner du pain; il n'en avait plus.