MOUTIER.—Pardon, excuse, Mesdames, je suis en retard, ce n'était pourtant pas mon habitude au régiment; mais les logements sont bons, trop bons, on dort trop bien dans vos lits.
JACQUES.—Bonjour, monsieur Moutier; vous avez bien dormi?
MOUTIER.—Je le crois bien que j'ai dormi; trop bien, comme tu vois, mon garçon, puisque je suis en retard. Tu n'as pas mauvaise mine non plus, toi; ton lit était meilleur que celui de la nuit dernière?
JACQUES.—Oh! qu'il était bon! Paul avait si chaud! Il était si content! il a si bien dormi! J'étais si heureux; et je vous ai tant remercié, mon bon monsieur Moutier.
MOUTIER.—Ce sont ces dames qu'il faut remercier, mon enfant, et pas moi, qui suis un pauvre diable sans asile.
JACQUES.—Mais c'est vous qui nous avez sauvés dans la forêt: c'est vous qui nous avez ramenés ici; c'est vous qui nous avez donnés à Mme Blidot et à Mlle Elfy; elles m'ont dit tout à l'heure que c'était la sainte Vierge et vous qui étiez nos sauveurs.
Moutier ne répondit pas; il prit Jacques et Paul dans ses bras, les embrassa à plusieurs reprises, donna une poignée de main à chacune des soeurs et s'assit près de la table en attendant que la toilette des enfants fût terminée.
«Que puis-je faire pour vous aider?» demanda-t-il.
ELFY,—Puisque vous êtes si obligeant, monsieur Moutier, allez me chercher du fagot au bûcher au fond du jardin, pour allumer mon feu; et puis une pelletée de charbon pour le fourneau. Je préparerai le café en attendant.
MADAME BLIDOT.—Y penses-tu, Elfy, de charger M. Moutier d'une besogne pareille?