Moutier présenta Torchonnet tremblant.

LE CURÉ.—Son maître lui a donc rendu la liberté? C'est la seule bonne oeuvre qu'il ait faite à ma connaissance. Cet enfant a bien besoin d'être instruit. Il y a longtemps que j'aurais voulu l'avoir, mais il n'y avait pas moyen de l'approcher.

Le curé voulut prendre la main de Torchonnet qui la retira en poussant un cri.

«Eh bien! qu'y a-t-il donc?» dit le curé surpris.

MOUTIER.—Il y a, monsieur le curé, que ce nigaud se figure que vous allez le dévorer à belles dents. C'est son diable d'aubergiste qui lui a fait cette sotte histoire pour l'empêcher d'avoir recours à vous.

—Mon pauvre garçon, dit le curé en riant, sois bien tranquille, je me nourris mieux que cela; tu serais un mauvais morceau à manger. Tous les enfants du village viennent chez moi, et je n'en ai mangé aucun, pas même les plus gras; demande plutôt à Jacques.

JACQUES.—C'est ce que je lui ai déjà dit, monsieur le curé, quand il nous a dit cette drôle de chose. Tiens, vois-tu, Torchonnet? Je n'ai pas peur de M. le curé.

Et Jacques, prenant les mains du curé, les baisa à plusieurs reprises. Torchonnet ne le quittait pas des yeux; il avait encore l'air effrayé, mais il ne cherchait plus à se Sauver.

LE CURÉ.—Il s'agit donc de garder cet enfant un bout de temps, monsieur Moutier? Mais comment son maître va-t-il prendre la chose?

Moutier lui raconta les événements qui venaient de se passer. Le curé accepta la charge de cet enfant abandonné. Il appela sa servante, lui remit Torchonnet en lui recommandant de le faire souper et de lui arranger un lit dans un cabinet quelconque.