JACQUES.—Gêner! Ah! par exemple! Elles ont dit je ne sais combien de fois que vous leur seriez bien utile, et que vous êtes si bon et si obligeant qu'elles seraient enchantées de vous avoir toujours.

MOUTIER.—Très bien, mon ami, je te remercie des bonnes paroles que tu me dis, et quand j'aurai fait un peu fortune, je serai aussi bien heureux ici. Mais je ne suis qu'un pauvre soldat sans le sou et je ne peux pas rester où je ne puis pas gagner ma vie.

Moutier embrassa encore Jacques et sortit de la jolie chambre pour rentrer dans celle du général. Elfy s'occupa du déjeuner: elle cassa du sucre, passa le café et alla chercher du lait à la ferme. Le général était éveillé, et, sauf quelques légères douleurs à son nez et à ses yeux pochés, il se sentait très bien et ne demandait qu'à manger.

«Trois jours au pain et à l'eau, dit-il, m'ont diablement mis en appétit, et, si vous pouviez m'avoir une tasse de café au lait, vous me feriez un sensible plaisir.»

MOUTIER.—Tout de suite, mon général; on va vous en apporter avant dix minutes.

Moutier rentra dans la salle au moment où Elfy rentrait avec une jatte de lait. Elfy avait l'air triste et ne disait rien. Moutier lui demanda du café pour le général; elle le mit au feu sans répondre.

MOUTIER.—Elfy, qu'avez-vous? Pourquoi êtes-vous triste?

ELFY.—Parce que je vois que vous ne tenez pas à nous et que vous ne vous inquiétez pas de nous voir du chagrin, à Jacques et à moi.

MOUTIER.—J'avoue que le chagrin de Jacques, qui est ici heureux comme un roi, ne m'inquiète guère; mais le vôtre, Elfy, me va au fond du coeur. Je vous jure que, si j'avais de quoi vivre sans vous être à charge, je serais le plus heureux des hommes, parce que je pourrais alors espérer ne jamais vous quitter, ma chère, excellente amie; mais vous comprenez que je ne pourrais rester avec vous que si je vous étais attaché par les liens de la parenté... ou... du mariage,... et...

Elfy leva les yeux, sourit et dit: