MOUTIER, vivement.—J'espère, mon général, que vous n'avez pas d'Elfy l'opinion...?

LE GÉNÉRAL, riant.—Non parbleu! Un ange, mon ami, un ange!

Moutier ne savait trop s'il devait rire ou se fâcher; l'air heureux du général et sa face bouffie et marbrée lui ôtèrent toute pensée d'irritation, et il se borna à dire gaiement:

«Vous nous reverrez dans dix ans, mon général, et vous nous retrouverez aussi heureux que nous le sommes Aujourd'hui.»

LE GÉNÉRAL, avec émotion.—Que Dieu vous entende, mon brave Moutier! Le fait est que la petite est vraiment charmante et qu'elle a une physionomie on ne peut plus agréable. Je crois comme vous que vous serez heureux; quant à elle, je réponds de son bonheur; oui, j'en réponds; car, depuis plusieurs mois que nous sommes ensemble...

Le général n'acheva pas et serra fortement la main de Moutier. Mme Blidot entrait à ce moment, suivie d'Elfy et des enfants; Moutier courut à Mme Blidot et l'embrassa affectueusement.

MOUTIER.—Pardon, ma chère, mon excellente amie, de m'être emparé d'Elfy sans attendre votre consentement. C'est le général qui a brusqué la chose!

MADAME BLIDOT.—J'espérais ce dénouement pour le bonheur d'Elfy. Dès votre premier séjour j'ai bien vu que vous vous conveniez tous les deux; votre seconde, votre troisième visite et vos lettres ont entretenu mon idée; vous y parliez toujours d'Elfy; quand vous êtes revenu, les choses se sont prononcées, et l'équipée d'Elfy, lorsqu'elle vous a cru en danger, disait clairement l'affection qu'elle a pour vous. Vous ne pouviez pas vous y tromper.

MOUTIER.—Aussi ne m'y suis-je pas trompé, ma chère soeur, et c'est ce qui m'a donné le courage d'expliquer comme quoi j'y pensais, mais que j'étais arrêté par mon manque de fortune; mon bon général y a largement pourvu. Et me voici bientôt votre heureux frère, dit-il en embrassant encore Mme Blidot; et votre très heureux mari et serviteur, ajouta-t-il en se tournant vers Elfy.—Mon bon ami, mon bon ami, s'écria Jacques à son tour, je suis content, je suis heureux! Vous garderez votre belle chambre et vous resterez toujours avec nous! Et ma tante Elfy ne sera plus triste! Elle pleurait, ce matin, Je l'ai bien vue!

--Chut, chut, petit bavard! dit Elfy en l'embrassant, ne dis pas mes secrets.