LE GÉNÉRAL.—Je crois bien! m'égorger comme un mouton.
ELFY.—Vous ne nous avez pas raconté encore les détails de cet horrible événement. Je ne comprends pas bien pourquoi ces misérables voulaient vous tuer, et comment ils ont pu faire pour s'emparer de vous qui êtes si fort, si courageux!
Le général, flatté de l'intérêt que lui témoignait Elfy et: assez content de s'occuper de lui-même, lui fit le récit très détaillé de tout ce qui s'était passé à l'auberge Bournier depuis le moment de son arrivée. Quand le récit s'embrouillait, Elfy questionnait et obtenait des réponses claires et détaillées. Lorsqu'il n'y eut plus rien à apprendre, Elfy se frappa le front comme si un souvenir lui traversait la pensée et s'écria:
«Que va dire ma soeur? J'ai oublié de plumer et de préparer le poulet pour notre dîner. Pardon, général, il faut que je me sauve.»
LE GÉNÉRAL.—Et votre mariage dont nous n'avons pas dit un mot?
ELFY.—Ce sera pour une autre fois, général.
LE GÉNÉRAL.—A la bonne heure! Nous en causerons à fond.
Elfy s'échappa leste comme un oiseau. Le général la suivit des yeux et entra dans la salle pour la voir plumer son poulet dans la cuisine. Un léger bruit lui fit tourner la tête et il vit le juge d'instruction achevant de rédiger ce qu'il venait d'entendre. Le général prit un air digne.
LE GÉNÉRAL.—Venez-vous m'insulter jusque chez moi. Monsieur?
LE JUGE.—Je viens, au contraire, général, vous faire mes excuses sur l'algarade malheureuse que je me suis permise à votre égard, ignorant votre nom et pensant que vous étiez un curieux entré pour voir et entendre ce qui doit rester secret jusqu'au jour de la mise en jugement. Je vous réitère mes excuses et j'espère que vous voudrez bien oublier ce qui s'est passé entre nous.