—Parce qu'ils ont bon coeur, ces enfants! N'est-il pas terrible de voir un homme mourir de besoin à votre porte?
—Voyez donc ce gros, comme il se démène! Il va tous les écraser s'il tombe dessus.
—C'est le monsieur que les Bournier ont assassiné.
—Comment donc qu'il a fait pour en revenir?
—C'est parce que le grand zouave l'a mené aux eaux; ça l'a tout remonté.
—Tiens! quand ma femme sera morte, pas de danger que je la porte là-bas.
Dérigny ne reprenait pas connaissance, malgré les moyens énergiques du général; des claques dans les mains à lui briser les doigts, de la fumée de tabac à suffoquer un ours, de l'eau sur la tête à noyer un enfant, rien n'y faisait; la secousse avait été trop forte, trop imprévue. Moutier commençait à s'inquiéter de ce long évanouissement; il se relevait pour aller chercher le curé, lorsqu'il le vit fendre la foule et arriver précipitamment à Dérigny.
LE CURÉ.—Qu'y a-t-il? un homme mort, me dit-on! Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenu plus tôt?
MOUTIER.—Pas mort, mais évanoui, monsieur le curé; il vient de tomber par suite d'une joie qui l'a saisi. Le curé s'agenouilla près de, Dérigny, lui tâta le pouls, écouta sa respiration, les battements de son coeur et se releva avec un sourire.
«Ce ne sera rien, dit-il; ôtez-le d'ici, couchez-le sur un lit bien à plat, bassinez le front, les tempes avec du vinaigre, et faites-lui avaler un peu de café.»