«Alors on me délivra de mon bâillon; je pus demander pour quel motif j'étais traité ainsi et par quel ordre.

«Par l'ordre de Son Excellence le prince général en chef», me répondit un des officiers qui étaient assis sur le bord de la téléga, les jambes pendantes en dehors.

«—Mais de quoi m'accuse-t-on? Qui est mon accusateur?»

«—Vous le saurez quand vous serez en présence de Son Excellence.

«—Nous autres, nous ne savons rien et nous ne pouvons rien vous dire.

«—C'est incroyable qu'on ose traiter ainsi un militaire, un homme inoffensif.

«—Taisez-vous, si vous ne voulez être bâillonné jusqu'à la prison.»

«Je ne dis plus rien; nous arrivâmes à Varsovie à l'entrée de la nuit: le gouverneur était seul, il m'attendait.

«Mon interrogatoire fut absurde; j'en subis plusieurs autres, et j'eus le tort de répondre ironiquement à certaines questions que m'adressaient mes juges et le gouverneur sur la conspiration qu'on avait découverte et qui n'existait que dans leur tête. Ils se fâchèrent; le gouverneur me dit des grossièretés, auxquelles je répondis vivement, comme je le devais.

«—Votre insolence, me dit-il, démontre, monsieur, votre esprit révolutionnaire et la vérité de l'accusation portée contre vous. Sortez, monsieur; demain vous ne serez plus le prince Romane Pajarski, mais le forçat n° * * *. Vous le connaîtrez plus tard.»