Elfy, souriant: «Je croyais que vous n'aimiez plus ma pauvre cuisine et mes maigres poulets, général.»

Le Général: «Comment, petite rancuneuse, vous vous souvenez de ce détail de votre dîner de noces? Nous allons donc mourir de faim, si vous n'avez rien préparé.»

Elfy: «Soyez tranquille, général, tout est prêt, nous vous attendions pour servir.»

Le général entra et se mit à table; le couvert était mis. Elfy engagea tout le monde à s'asseoir; il fallut l'ordre exprès du général pour que les Dérigny et les Moutier se missent à table.

Le Général: «Je ne pensais pas que vous eussiez si vite oublié nos bonnes habitudes, ma petite Elfy et mon grand Moutier! Nous étions si bons amis, jadis!»

Moutier: «Et nous le sommes encore, mon général; pour vous le prouver, nous vous obéissons sans plus de résistance. Viens, Elfy; obéis comme jadis.»

Le Général: «A la bonne heure! Ici, à ma droite, Elfy; Moutier, près: de ma nièce Dabrovine; Natasha, à la gauche de Moutier; Romane, près de Natasha; Mme Dérigny, à ma gauche; Alexandre, Michel, Jacques et Paul, ou vous voudrez; Je ne me mêle pas de vous placer.»

Jacques: «Moi, près de mon bon Moutier.»

Moutier: «La place est prise par les dames, mon ami; va ailleurs.»

Les quatre garçons se placèrent en groupe tous ensemble. Elfy prouva au général qui ni elle ni sa soeur n'avaient perdu leur talent pour la soupe aux choux, la fricassée de poulet, la matelote d'anguilles, le gigot à l'ail, la salade à la crème, les pommes de terre frites et les crêpes. Le général, ne se lassait pas de redemander encore et encore de chaque plat. Le vin était bon, le café excellent, l'eau-de-vie vieille et vrai cognac. Le prince; Romane joignit ses éloges à ceux du général, et, quoique ses démonstrations fussent moins énergiques, il lui arriva deux fois de redemander des plats servis et accommodés par les deux soeurs.