Le général: «Pourquoi ne viendrait-elle pas? Etant jeune, elle m'aimait beaucoup.»

Madame Papofski: «Ah! mon oncle, vous croyez cela? Vous êtes trop bon, vraiment. Elle sait que vous ne voyez pas beaucoup de monde; elle aura peur de s'ennuyer, et puis elle veut marier sa fille; elle n'a pas le sou; alors, elle veut attraper quelque richard, vieux et laid.»

Le général: «Tout juste! Je suis là, moi! Riche, vieux et laid. Elle me fera la cour, et je doterai sa fille.»

Mme Papofski pâlit et frissonna; elle trembla pout l'héritage, et ne put dissimuler son trouble; le général la regardait en dessous; il était rayonnant de la peur visible de cette nièce qu'il n'aimait pas, et de l'heureuse idée de faire venir l'autre soeur, dont il avait conservé le souvenir doux et agréable, et qui, par discrétion sans doute, ne demandait pas à venir à Gromiline. Mme Papofski continua à dissuader son oncle de faire venir Mme Dabrovine. Le général eut l'air de se rendre à ses raisonnements, et le dîner s'acheva assez gaiement. Mme Papofski était satisfaite d'avoir évincé sa soeur, dont elle redoutait la grâce, la bonté et le charme; le général était enchanté du tour qu'il préparait à Mme Papofski et du bien qu'il pouvait faire à Mme Dabrovine. Mme Papofski fut polie et charmante pour Dérigny, auquel elle prodiguait les louanges les plus exagérées.

«Comme vous découpez bien, monsieur Dérigny! Vous êtes un maître d'hôtel parfait!... Comme M. Dérigny sert bien.! c'est un trésor que vous avez là, mon oncle! il voit tout, il sert tout le monde! Comme je serais heureuse de l'avoir chez moi!

Le général: «Il est probable que vous n'aurez jamais ce bonheur, ma nièce.»

Madame Papofski: «Pourquoi, mon ami? Il est si jeune et si fort!»

Le général, avec ironie: «Et moi je suis si vieux, si gros et si usé!»

Madame Papofski: «Ah! mon oncle, comme vous êtes méchant! Comment pouvez-vous dire...?»

Le général: «Mais... puisque vous dites que vous pourrez avoir Dérigny parce qu'il est jeune et fort! C'est donc après la mort de votre vieil oncle que vous comptez l'avoir? Non, non, ma chère; mon brave, mon bon Dérigny n'est ni pour vous ni pour personne: il est à moi, à moi seul; après moi, il sera à lui-même, à son excellente femme et à ses enfants.»