Le général: lui serrant les mains: Tais-toi, tais-toi! Tu vas me rendre la colère qui a manqué m'étouffer. Laisse-moi oublier cette scène et la platitude révoltante de ta soeur; prés de toi et de tes enfants, je me sens aimé, j'aime et je suis heureux; près de l'autre, je hais et je méprise. Jouez, mes enfants, ajouta-t-il en se tournant vers Jacques, Paul et ses neveux: je ne crains pas le bruit. Amusez-vous bien.
Jacques: Général, est-ce que nous pouvons jouer à cache-cache et courir dans le corridor?
Le général: A cache-cache, à la guerre, à l'assaut, à tout ce que vous voudrez. Ma seule contrariété sera de ne pouvoir courir avec vous. Mais auparavant allez me chercher Dérigny. Natalie, je commence mon établissement du soir chez toi; me permets-tu de fumer?
Madame Dabrovine: Avez-vous besoin de le demander, mon oncle? Vous avez donc oublié combien j'aimais l'odeur du tabac?
Le général: Non, je me le rappelle; mais, je craignais....
Madame Dabrovine: De me faire penser à mon pauvre Dmitri, qui fumait toujours avec vous? Je ne l'oublie jamais, dans aucune circonstance, et j'aime tout ce qui me le rappelle!»
Le général ne répondit pas et rapprocha son fauteuil de celui de sa nièce, lui prit la main, la serra et resta pensif.
X
CAUSERIES INTIMES
Ses réflexions furent interrompues par le retour bruyant des enfants; ils arrivaient, traînant après eux Dérigny, qui partageait leur gaieté et qui faisait mine de vouloir s'échapper. Il reprit son sérieux en se présentant devant le général.