Elle souriait en l'embrassant; Natasha, heureuse de ce sourire presque gai, étouffa sa mère de baisers; puis elle dit:

«C'est mon oncle qui vous a fait sourire le premier et bien des fois depuis notre arrivée; bon cher oncle, que je l'aime! que je l'aime! Comme nous allons être heureux avec lui, toujours avec lui! Nous l'aimons, il nous aime, nous ne le quitterons jamais.

Madame Dabrovine: «La mort sépare les plus tendres affections, mon enfant.»

Natasha: «Oh, maman!»

Madame Dabrovine: «Ma pauvre fille! je t'attriste; j'ai tort. Mais voilà nos affaires rangées; allons nous coucher.»

La mère et la fille s'embrassèrent encore une fois, firent leur prière ensemble et s'étendirent dans leur lit; Natasha était si contente du sien et de tout leur établissement, dont elle ne pouvait se lasser, qu'elle ne put s'empêcher de se relever, d'aller embrasser sa mère, et de lui dire avec vivacité:

«Comme nous sommes heureuses ici, maman. Ma chambre est si jolie! J'y suis come une reine.

—J'en suis bien contente, mon enfant; mais prends garde de t'enrhumer. Couche-toi bien vite.»

Pendant que Mme Dabrovine et sa fille préparaient leur coucher et causaient des événements de la journée, le général causait de son côté avec Dérigny, qui devenait de plus en plus son confident intime.

«Voilà une perle, une vraie perle! s'écria-t-il. Je la retrouve comme je l'avais quittée, cette pauvre Natalie, moins le bonheur. Nous tâcherons d'arranger ça, Dérigny. J'ai mon plan. D'abord, je lui laisse toute ma fortune, à l'exception d'un million, que je donne à Natasha en la mariant... Pourquoi souriez-vous, Dérigny? Croyez-vous que je n'aie pas un million à lui donner?... ou bien que je changerai d'idée comme pour Torchonnet?... Est-ce que ma nièce n'est pas comme ma petite-fille?»