Madame Dérigny: «Et où trouveras-tu le gouverneur? Comme c'est facile dans le centre de la Russie! Tu ne connais personne. Ce n'est pas Vassili qui te fournira des renseignements. Vraiment, notre bon général est par trop bizarre. Comment feras-tu?»
Dérigny: «Je ne ferai rien du tout. J'espère qu'il n'y pensera plus. Mais je regrette de ne pas pouvoir rendre service à Mme Dabrovine, qui me semble être une excellente personne et ne ressemblant en rien à sa soeur.»
Madame Dérigny: «De même que ses enfants ne ressemblent en rien à leurs cousins, Mlle Natasha est une personne charmante, pleine de coeur et de naïveté, et les garçons paraissent bons et bien élevés.»
Mme Dérigny et son mari causèrent quelque temps, et ils allèrent se coucher après avoir parlé de leur chère France et de ce qu'ils y avaient laissé.
XI
LE GOUVERNEUR TROUVÉ
Quelques jours se passèrent sans nouveaux événements. Mme Papofski contenait les élans de sa colère quand elle était en présence de son oncle, qu'elle continuait à flatter sans succès; elle évitait sa soeur; ses enfants fuyaient leurs cousins, qui faisaient bande à part avec Jacques et Paul. Mme Papofski ne négligeait aucun moyen pour se faire bien venir de Dérigny; elle sut par lui que le général avait déchiré sa liste de commandes.
Madame Papofski: «Vous l'avez fait voir à mon oncle?»
Dérigny: «Comme c'était mon devoir de le faire, Madame. Je ne puis me permettre aucune dépense qui ne soit autorisée; par mon maître.»
Madame Papofski: «Mais il ne l'aurait pas su; mon oncle dépense sans savoir pourquoi ni comment. Vous auriez pu compter des chevaux morts ou une voiture cassée.»