Et Jacques continua jusqu'au bout à redire à son père et à sa mère les paroles menaçantes de Mme Papofski.

Dérigny et sa femme n'eurent plus envie de rire des terreurs de Jacques, qu'ils partagèrent. Mais Dérigny, toujours attentif à épargner à sa femme et à ses enfants toute peine, toute inquiétude, dissimula sa préoccupation et les rassura pleinement.

«Soyez bien tranquilles, leur dit-il: je préviendrai le général, et, avec l'aide de Dieu, nous déjouerons ses plans et nous sauverons ce bon général en nous sauvant nous-mêmes. Ne parle à personne de ce que tu as entendu, mon enfant; si Mme Papofski savait qu'elle a parlé tout haut et que tu étais là, elle hâterait sa vengeance, et nous n'aurions pas le temps de la défense.»

Jacques: «Je n'en dirai pas un mot, papa; mais où est Paul?»

Dérigny: «Il joue dehors depuis le déjeuner.»

Jacques: «Je vais aller le rejoindre, papa. Quand il est seul, j'ai toujours peur qu'il ne soit pris par ces méchants petits Papofski. Devant le général, ils nous témoignent de l'amitié, mais, quand ils nous trouvent seuls, il n'y a pas de sorte de méchancetés qu'ils ne cherchent à nous faire.»

Jacques alla dans la cour; Paul n'y était plus. Il continua ses recherches avec quelque inquiétude, et aperçut enfin son frère au bord d'un petit bois, immobile et parlant à quelqu'un que Jacques ne voyait pas. Il courut à lui, l'appela; Paul se retourna et lui fit signe d'approcher. Jacques, en allant le rejoindre, lui entendit dire: «N'ayez pas peur, c'est Jacques, il est bien bon, il ne dira rien.»

Jacques: «A qui parles-tu, Paul?»

Paul: «A un pauvre homme si pâle, si faible, qu'il ne peut plus marcher.»

Jacques jeta un coup d'oeil dans le bois, et vit en effet, à travers les branches, un homme demi-couché et qui semblait près d'expirer.