L'étranger: «Je crois que oui; ce sera mieux. Dites-lui de venir, pour l'amour de Dieu et de Romane.»

Dérigny, trop discret pour interroger l'étranger sur sa position bizarre, salua et s'éloigna, emmenant les enfants. Il les envoya raconter à leur mère ce qui venait d'arriver, en leur défendant d'en parler à tout autre, et alla faire son rapport au général.

Le général: «Que diantre voulez-vous que j'y fasse? S'il est perdu dans mes bois, tant pis pour lui; qu'il se retrouve.»

Dérigny: «Mais, mon général, il est demi-mort de froid et de fatigue.»

Le général: «Eh bien qu'on lui donne des habits, qu'on le chauffe, qu'on le nourrisse. Tenez, voilà! prenez; il ne manque pas de manteaux, de fourrures. Qu'on le couche, s'il le faut. Je ne vais pas laisser mourir de faim, de froid et de fatigue, et à ma porte encore, un homme qui me demande la charité. Qui est-il? Est-ce un paysan, un marchand?»

Dérigny: «Je ne sais pas, mon général; seulement j'ai oublié de vous dire qu'il avait dit: «Dites-lui de venir pour l'amour de Dieu et de Romane.»

Le général, sautant de dessus son fauteuil: «Romane! Romane! Pas possible! Il a dit Romane? En êtes-vous bien sûr?»

Dérigny: «Bien sûr, mon général.

Le général: «Mon pauvre Romane! Je ne comprends pas... Mourant de faim et de fatigue? Lui, prince, riche à millions et que je croyais mort!»

Le général courut plutôt qu'il ne marcha vers la porte, dit à Dérigny de le guider, et marcha de toute la vitesse de ses grosses jambes vers le bois où gisait Romane.