Le général: «Vous croyez? Pourquoi m'aimerait-elle autant?» Madame Papofski: «Ah! mon oncle! tous ceux qui vous connaissent vous aiment ainsi.»
Le général: «Comment! tous ceux que je quitte meurent de chagrin? C'est effrayant, en vérité. Mais... alors... vous aussi vous mourrez de chagrin; et vos huit enfants avec vous! Ce qui fait neuf personnes!... Voyons..., eux n'en font cinq; c'est quatre de moins que j'aurai sur la conscience... Alors... décidément Je reste avec vous.»
Madame Papofski: «Mais non, mon oncle, ils seront neuf comme chez moi, en comptant les Dérigny!»
Le général: «C'est vrai! Mais... la qualité?»
Madame Papofski: «Ah! mon oncle, je ne vaux pas ma soeur; et mes enfants ne peuvent se comparer aux siens, si bons, si gentils! Natasha est si charmante! Et puis M. Jackson! quel homme admirable! Comme il parle. bien français! On ne le croirait jamais Anglais...»
Mme Papofski regarda fixement son oncle, qui rougissait légèrement.
Elle s'enhardit à sonder le mystère, et ajouta:
«Plutôt Français... (le général ne bougea pas), ou... même... Polonais. (Le général bondit.)»
Le général: «Polonais! un Polonais chez moi! Allons donc! Ah! ah! ah! Polonais! Il y ressemble comme je ressemble à un Chinois.»
La gaieté du général était forcée; sa bouche riait, ses yeux lançaient des flammes; il sembla à Mme Papofski que s'il en avait le pouvoir, il l'étranglerait sur place, le regard fixe et sérieux de cette femme méchante augmenta le malaise du général, qui s'en alla en disant qu'il allait savoir des nouvelles de sa nièce.