Natasha rougit et se tut.

Le général: «Et puis quoi? De qui as-tu peur ici? Achève ta pensée, Natashineka.»

Natasha: «Mon oncle,... c'est que c'est mal d'être enchantée de quitter ma tante et mes cousins?»

Le général: «Et pourquoi es-tu enchantée de les quitter?.. Parle sans crainte, Natasha; dis-nous toute la vérité.»

Natasha: «Eh bien, mon oncle, puisque vous voulez le savoir, c'est parce que ma tante est méchante pour mes frères, qu'elle appelle des ânes et des pauvrards; pour Jacques et Paul, qu'elle gronde sans cesse, qu'elle appelle des petits laquais, qu'elle menace de faire fouetter; pour ce bon M. Jackson, dont elle se moque, qu'elle oblige à porter son châle, son chapeau, qu'elle traite comme un domestique; tout cela me fait de la peine, parce que je vois bien que M. Jackson n'est pas habitué à être traité ainsi; les pauvres petits Dérigny pleurent souvent, surtout Paul. Quant à mes cousins, ils taquinent mes frères, tourmentent Jacques et Paul, et disent des sottises à M. Jackson, qui protège les pauvres petits. Vous pensez bien, mon oncle, que tout cela n'est pas agréable.»

Le général, riant: «C'est même très désagréable! Viens m'embrasser, chère enfant.. Encore huit jours de patience, et tu seras comme nous délivrée des méchants. En attendant, je te permets d'être enchantée comme nous.»

Natasha: «Vrai, vous êtes content?... Oh! mon oncle, que vous êtes bon!»Natasha demanda la permission d'aller annoncer la bonne nouvelle aux Dérigny. Le général la lui accorda en riant plus fort, et en recommandant le secret jusqu'au lendemain.

XIII

PREMIER PAS VERS LA LIBERTE

Le lendemain, un peu avant déjeuner, le général appela Mme Papofski dans le salon; elle arriva, inquiète de la convocation, et trouva son oncle assis dans son fauteuil; il lui fit un salut majestueux de la main.