Les voitures gravissaient une colline dans un sable mouvant; les chevaux marchaient au pas. Ils s'arrêtèrent tout à fait; la portière s'ouvrit, Natasha et Romane y apparurent: le visage de Natasha brillait de gaieté par avance. Romane souriait avec bienveillance.

Natasha: «Qu'est-ce qui vous amuse tant? Maman et mon oncle font demander de quoi vous riez.»

Alexandre: «Nous rions, parce que nous nous sommes tous cognés et que nous nous sommes cassé la tête.»

Natasha, riant: «Cassé la tête! et vous riez pour cela?... Et vous aussi, ma bonne madame Dérigny?»

Madame Dérigny: «Oui, mademoiselle; mais avant il faut dire que nous avions pris une leçon de chant qui nous avait fort égayés.»

Natasha: «De chant? Qui donnait la leçon? qui la prenait?»

Madame Dérigny: «Nos maîtres étaient messieurs vos frères; les élèves étaient Jacques, Paul et moi.»

Natasha: «Oh! comme j'aurais voulu l'entendre! Que cela devait être amusant! Monsieur Jackson, allez, je vous prie, demander à maman que j'aille avec eux.»

Romane sourit et alla faire la commission.

Madame Dabrovine: «Mais, mon cher monsieur Jackson, ils seront trop serrés, et pourtant ils ne peuvent pas rester dans cette berline sans Mme Dérigny.»