M. Georgey se leva sans répondre; il sortit, suivi de Julien. Il faisait déjà un peu sombre, mais la lune se levait; la route était encombrée de monde; M. Georgey marchait sans parler.
«M'sieur, lui dit enfin Julien, je vois que vous êtes fâché contre moi... Je vous demande bien pardon, M'sieur. Je sais bien que j'ai eu tort. Je ne bois jamais de vin, M'sieur; je n'aurais pas dû en accepter autant. Je vous assure, M'sieur, que je suis honteux, bien triste. Jamais, jamais je ne recommencerai, M'sieur. Je vous le jure.
M. GEORGEY.—Pauvre pétite Juliène! Moi pas du tout en colère, pauvre pétite. Seulement, de moi-même j'étais furieuse et j'étais en rougissement. Jé avais fait une actionnement mauvaise, horrible; j'étais une stupide créature: et toi, povre pétite Juliène, pas mal fait, pas demander excuse, pas rien dire mauvais pour toi-même. Voilà lé barrière de Mme Bonarde; bonsoir, good bye, little dear; bonsoir. Jé revenir demain.»
XV
REVEIL ET RETOUR DE JULIEN
M. Georgey continua sa route, laissant Julien à la barrière.
Julien entra, alla à la maison, et trouva les Bonard inquiets de lui et de Frédéric. Il faisait tout à fait nuit; il était neuf heures.
«Ah! vous voilà, enfin! dit Mme Bonard; je commençais à m'inquiéter. Où est Frédéric? j'ai à lui parler.
JULIEN, d'un air embarrassé.—Je ne sais pas, maîtresse; il y a longtemps que je ne l'ai vu.
MADAME BONARD.—Et pourquoi vous êtes-vous séparés?