Frédéric et Alcide restaient devant la porte de M. Georgey, muets et consternés: Frédéric pleurait; Alcide, les poings fermés, les yeux étincelants de colère, réfléchissait au moyen de se tirer d'affaire en jetant tout sur Frédéric.
FRÉDÉRIC.—Qu'allons-nous devenir, mon Dieu, si M. Georgey va tout raconter à nos parents! Donne-moi un bon conseil, Alcide; toi qui m'as entraîné à mal faire et qui as toujours de bonnes idées pour t'excuser.
ALCIDE.—J'en ai une pour moi; je n'en ai pas pour toi.
FRÉDÉRIC.—Comment, tu vas m'abandonner, à présent que je suis dans la crainte, dans la désolation!
ALCIDE.—Je m'embarrasse bien de toi. Tu es un imbécile, un lâche. C'est ta sotte figure effrayée qui a attiré l'attention des gendarmes et qui nous a fait prendre. Maudit soit le jour où je t'ai mis de moitié dans mes profits!
FRÉDÉRIC.—Et maudit soit le jour où je t'ai écouté, où je t'ai aidé dans tes voleries! Sans toi, je serais heureux et gai comme Julien; je n'aurais peur de personne et je serais aimé de mes parents comme jadis.
ALCIDE.—Vas-tu me laisser tranquille avec tes jérémiades. Va-t'en chez toi, tu n'as que faire ici.»
Au moment où il disait ces mots, un seau d'eau lui tomba sur la tête et il entendit une voix qui disait:
«Coquine! Canaille!»
Alcide, suffoqué d'abord par l'eau, ne put rien distinguer; mais, un instant après, il se tourna de tous côtés et ne vit rien; il leva les yeux vers la fenêtre de M. Georgey: elle était fermée, le rideau était baissé, on n'y voyait même pas de lumière. Il était seul. Frédéric même avait disparu. Surpris, un peu effrayé, il prit le parti de rentrer chez lui et de se coucher; l'horloge du village sonnait deux heures.