M. Georgey ouvrit la porte, poussa dans la salle Bonard, qui hésitait encore. Frédéric était toujours étendu sans mouvement. Julien était occupé de Mme Bonard, qui continuait ses sanglots. Bonard alla à elle.
«Rassure-toi, console-toi, ma pauvre femme, il n'y aura pas de déshonneur ni d'enquête. Notre sauveur, le généreux M. Georgey, a tout arrangé.»
Bonard lui expliqua les intentions de M. Georgey. Quand Mme Bonard eut bien compris la généreuse résolution de l'Anglais, elle, à son tour, se jeta à ses pieds, lui embrassa les genoux, lui adressa les remercîments les plus touchants. Le pauvre M. Georgey cherchait en vain à terminer une scène qui l'embarrassait; il n'y put parvenir qu'en lui montrant le corps de son fils étendu sur le plancher.
«Et je l'avais oublié dans mon chagrin!» s'écria Mme Bonard en s'élançant sur le corps inanimé de son fils.
Avec l'aide de Julien et de M. Georgey, Frédéric fut relevé, déshabillé, couché, frictionné de vinaigre; il ouvrit les yeux, regarda d'un air effaré les personnes qui l'entouraient; en jetant les yeux sur son père, il poussa un cri d'effroi, se débattit un instant et perdit encore connaissance.
«Master Bonarde pas rester, dit M. Georgey. Fridric avait un épouvantement très gros. Madame Bonarde seule rester avec pétite Juliène.»
XIX
LA MALADIE
M. Georgey emmena Bonard, qu'il eut de la peine à calmer; tantôt il s'accusait d'avoir tué son fils, tantôt il parlait de le chasser, de le rouer de coups. M. Georgey, impassible, le laissait dire. Il attendait les gendarmes.
«Jé voulais dire moi-même, disait-il. Jé voulais faire explication moi seul.»