Frédéric ne put refuser la santé du colonel: il avala son verre avec empressement; les flatteries de ses amis l'avaient bien disposé.

GREDINET.—Ce sont tes parents qui seront fiers! les vois-tu te voyant arriver avec les galons de maréchal des logis?

ALCIDE.—Ces chers parents! Seront-ils heureux et fiers! Il faut boire à leur santé. Vivent M. et Mme Bonard!»

Frédéric, attendri par la pensée du retour au pays avec les galons de maréchal des logis, but encore volontiers un verre à la santé de ses parents.

RENARDOT.—Et comme le lieutenant-colonel parle de toi! Il semblerait que tu sois son fils, tant il te regarde avec plaisir.

GUEUSARD.—C'est que tu es joli garçon! En grande tenue, dans le rang, il n'y en a pas de plus beau que toi.

ALCIDE.—Et nous qui oublions de boire à sa santé! Vive le lieutenant-colonel! A sa santé!»

Un troisième fut vidé à la santé de cet excellent chef, Frédéric parlait, riait, remerciait. Un quatrième verre fut avalé à la santé du capitaine, puis un cinquième pour le lieutenant. La tête de Frédéric commençait à s'échauffer. Les amis passèrent ensuite à l'eau-de-vie, dont Frédéric ne soupçonnait pas la force. Puis vinrent les chants, les rires, les cris. Alcide était ivre; ses amis l'étaient plus encore; ils l'étaient au point d'avoir oublié le magot dont ils avaient voulu s'emparer. Frédéric, qui avait conservé assez de raison pour se ménager, était un peu moins ivre que les autres, mais il n'avait plus ses idées nettes. Le tapage devint si fort qu'il attira l'attention du maréchal des logis; on s'apprêtait à sonner la retraite.

«Que diantre se passe-t-il donc là-haut? Quel diable de bruit font-il? Il faut que j'aille voir.»

Le maréchal des logis monta, entra et vit des bouteilles vides par terre, les hommes dansant, criant, chantant à qui mieux mieux.