Pendant que Frédéric était au cachot, il avait à peine touché aux provisions de M. Georgey; il proposa à sa chambrée de s'en régaler au repas du soir.
«Mais pas de vin, dit-il, un petit verre en finissant voilà tout. J'ai juré de ne jamais boire, ni faire boire plus d'un verre à chaque repas.»
Les camarades applaudirent à sa résolution, et le repas du soir n'en fut que plus gai; les provisions de M. Georgey eurent un succès prodigieux; Frédéric fut obligé de les retirer pour empêcher les accidents.
«Nous serons bien heureux, dit-il, de les retrouver demain, mes amis.
LES CAMARADES.—Au fait, ton acquittement vaut bien deux jours de fête.
FRÉDÉRIC.—Tous les jours de ma vie seront des jours de fête et d'actions de grâce au bon Dieu et à mes excellents chefs.
LE BRIGADIER.—Notre bon aumônier était-il content! Comme il remerciait le colonel et les autres officiers qui t'ont jugé!
UN CAMARADE.—Et ce gueux d'Alcide a-t-il crié, juré! Quelle canaille!
FRÉDÉRIC.—Prions pour lui, mes bons amis; j'ai demandé à M. l'aumônier une messe pour la conversion de ce malheureux. Puisse-t-il se repentir et mourir en paix avec sa conscience!»