Quand Bonard rentra à la maison, il raconta à sa femme ce qui s'était passé entre lui et Frédéric. Mme Bonard pleura, tout en trouvant que son mari avait eu raison.

Pendant deux ou trois jours, tout le monde fut triste et silencieux à la ferme; petit à petit les Bonard oublièrent les torts graves de leur fils. Frédéric oublia la punition qu'il avait subie, et Julien oublia la conduite de Frédéric à son égard.

Tout marchait donc régulièrement dans la maison Bonard.

Quand M. Georgey fut revenu chez lui, il changea de vêtements, et alla dans le petit café tenu par le père d'Alcide.

M. GEORGEY.—Mossieu Bourel, jé venais vous dire, votre jeune gentleman Alcide était une malhonnête.

BOUREL.—Alcide! Pas possible, Monsieur Georgey. C'est un garçon de confiance.

M. GEORGEY.—Jé disais, moi, c'était une garçon voleur; il m'avait volé l'argent du turkey; j'avais tiré, et mis dans les mains à lui, houite francs. Et quoi j'avais? rien du tout. Le turkey avait couru, que jé né pouvais pas lé rattraper; et houite francs Alcide avait remportés dans son poche. Et moi étais pas content; et moi disais à vous, Alcide était une malhonnête.»

«Alcide, viens donc t'expliquer avec M. Georgey; il n'est pas content de toi.»

Alcide entra et dit d'un air hypocrite:

«Je suis bien fâché, Monsieur Georgey, de vous avoir mécontenté; tout ça, c'est la faute de Julien.