De plus, il était inquiet de la disparition de cette dinde; il ne pouvait s'expliquer ce qu'elle était devenue, et il avait peur qu'il n'en disparût d'autres de la même façon.
Le lendemain il fut levé des premiers; il ouvrit les poulaillers, il éveilla Frédéric, qui couchait dans un cabinet de la maison, et remplit d'eau les sceaux qui servaient à Mme Bonard pour les besoins du ménage.
Elle ne tarda pas à paraître.
MADAME BONARD.—Eh bien. Julien, as-tu retrouvé la dinde? Pourquoi n'es-tu pas venu donner réponse hier soir?
JULIEN.—Je n'ai rien trouvé, maîtresse, malgré que j'aie bien couru. Et je n'ai pas donné réponse parce que tout le monde était couché, et la maison était fermée quand je suis revenu.
MADAME BONARD.—Tu es donc rentré bien tard? C'est de ta faute aussi: si tu n'avais pas perdu une dinde, tu n'aurais pas eu à la chercher. Tâche que cela ne recommence pas: je veux bien te le pardonner une première fois, mais, si tu en perds encore, tu la payeras.»
Julien ne répondit pas. Que pouvait-il dire? Lui-même n'y comprenait rien. Il résolut de ne plus faire les commissions de Frédéric, et de ne plus quitter ses dindes jusqu'à ce qu'elles fussent rentrées pour la nuit; en attendant l'heure de les mener dans les champs, il fit son ouvrage comme d'habitude et une partie de celui de Frédéric, qui était toujours le dernier au travail.
II
DEUX DINDES PERDUES
La semaine se passa heureusement pour Julien, les dindes étaient au grand complet. Un soir, pendant que Julien curait l'étable des vaches, après avoir compté ses dindons en présence de Frédéric, ce dernier l'appela: