Caroline rentra peu d'instants après avec le café; M. Georgey en fit boire deux tasses à chacun de ses convives.

M. GEORGEY.—C'était très bon pour enlever lé tournoiement, my dear. Après le coffee nous parler tout lé jour; quand lé lune est arrivée, jé rentrer vous dans lé maison à vous.

MADAME BONARD.—Pardon, Monsieur, il faut que je m'en aille tout à l'heure; nous avons à faire chez nous.

M. GEORGEY.—Quoi vous avoir à faire? Frédéric il était là.

MADAME BONARD.—Mais il ne fera pas du tout ce qu'il y a à faire dans la ferme, Monsieur. Les vaches, les chevaux, les cochons à soigner. Et puis les dindes qui n'ont pas été au champ.

M. GEORGEY.—Alors nous tous partir à la fois, et moi aider pour les turkeys avec ma pétite Juliène, et moi converser avec lé pétite Juliène. Jé commençais.

«Ecoute mon raison, pétite Juliène. Tu avais battu Caroline pour les turkeys, c'était fort joli; tu avais dit no, no, pour son money, c'était plus excellent encore. Tu avais battu moi, fort, très fort, c'était admirable, et jé dis admirable!

«Alors j'avais dit dans mon cervelle: Pétite Juliène était une honnête créature; quoi il faisait avec Mme Bonarde? Il gardait les turkeys. Ce n'était pas une instruction, garder turkeys et batter moi et Caroline. Jé voulais faire bien à pétite Juliène; jé lé voulais. Quand jé disais, jé lé voulais, jé faisais. Ecoute encore.

«Jé une grande multitude de money. Jé donnais à pétite Juliène des habillements; jé payais lé master de lecture et de l'écriture, et dé compteries, et de dessination, et jé lé prenais pour mon fabrication, et pour mon dessinement, et jé lé prenais pour mon comptement, et pour mon caissement; et jé lé faisais un grande instruction, et jé lui avais un grande fortune. Voilà, pétite Juliène. Tu voulais? Mme Bonarde voulait. Moi, jé voulais, tout le monde voulait.»

Tout le monde se regardait, et personne ne savait que répondre. Refuser de si grands avantages pour Julien était une folie et un égoïsme impardonnable. Mais perdre Julien était pour les Bonard un vrai et grand chagrin. Ils se taisaient, ne sachant à quoi se résoudre.