JULIEN.—Il le fera, maîtresse, il le fera; moi parti, il ne comptera plus sur mon aide, et il s'y mettra de tout son coeur.
MADAME BONARD.—Que le bon Dieu t'entende, mon Julien, mais je crains bien d'avoir à te chercher un remplaçant sous peu de jours.»
Julien ne répondit pas, car il le pensait aussi. Il continua à s'occuper du souper. Une demi-heure après, Bonard rentra.
BONARD.—Le souper est prêt? Tant mieux! J'ai une faim à tout dévorer.
MADAME BONARD.—A table, alors. Voici la soupe. Donne ton assiette, Bonard; et toi aussi, Julien. Et Frédéric, où est-il donc? Tu l'as laissé à l'écurie?
BONARD.—Je ne l'ai pas vu; je croyais le retrouver ici.
MADAME BONARD.—Comment ça? Il est allé il y a plus d'une demi-heure au-devant de toi pour t'aider à rentrer et à arranger les chevaux.
BONARD.—Je n'en ai pas entendu parler. Il y longtemps que je suis revenu, puisque je leur ai fait manger leur avoine, je les ai fait boire, je leur ai donné leur foin, arrangé leur litière; il faut plus d'une demi-heure pour tout cela.
MADAME BONARD.—C'est singulier! Va donc voir, Julien.»
Julien se leva et alla à la recherche dans la ferme, il prit le chemin du village.