Frédéric ne répondit pas; la surprise le rendait muet; l'audace d'Alcide l'épouvantait; il n'osait plus lutter, et il tremblait de ce qui pouvait arriver de ce vol impudent.
GRANDON, riant.—Ça fait sept francs, parbleu! Tu ne sais donc pas compter?
ALCIDE.—Si fait, Monsieur Grandon, si fait; je vois bien, ça fait sept francs, comme vous dites.
GRANDON.—C'est bien heureux! Tiens, voici tes sept francs, j'emporte les bêtes; je suis en retard.»
Il ouvrit la barrière, se dépêcha de placer dans une cage à volailles les deux gros dindons, monta dans sa carriole et partit au grand trot, de peur que le vendeur ne s'aperçût que les dindes étaient payées trois francs cinquante au lieu de quatre. Alcide compta son argent: les sept francs y étaient bien.
«Tu vois, dit-il, que nous sommes riches, que nous avons de quoi nous amuser, et que te voilà délivré de la garde de deux de ces assommantes bêtes... Qu'as-tu donc? tu ne dis rien.
FRÉDÉRIC.—Alcide, qu'as-tu fait? Qu'est-ce que je vais devenir? Que puis-je dire pour m'excuser?
ALCIDE.—Es-tu bête, es-tu bête! Tu n'as pas plus d'imagination que ça? Tu vas venir de suite avec moi: nous allons prendre la traverse pour arriver à la ville par les champs, et nous n'y entrerons qu'après midi, quand nous serons sûrs que ta mère est revenue à la ferme.
FRÉDÉRIC.—Mais ça ne dit pas comment les deux dindes seront disparues?
ALCIDE.—Parfaitement; tu diras que tu es parti un peu plus tôt, pensant que ta mère ne tarderait pas à rentrer, que les dindes étaient dans la cour quand tu es parti. Que des chemineaux auront guetté ton départ pour voler les dindes et les vendre à la foire.