Simplicie ne se le fit pas dire deux fois; elle s'empressa de se soustraire aux envies fâcheuses de sa tante et courut se jeter sur une chaise dans sa chambre; elle réfléchit tristement à la vie qu'elle menait à Paris: pas un plaisir, pas même de repos, et beaucoup de contrariétés, de peines et d'ennuis. Elle commença à reconnaître le vide que lui laissait l'absence de ses parents, de leur protection, de leur tendresse; leur dévouement lui apparut sous son vrai jour; elle se trouva ingrate et méchante; elle sentit combien elle les avait blessés, chagrinés; elle pensa avec effroi au temps considérable qui lui restait encore à vivre loin d'eux et près d'une tante qu'elle redoutait; Après quelques hésitations elle se décida à écrire à sa mère et à la prier de la laisser revenir à Gargilier.
Mme Bonbeck fut si satisfaite de la flatterie d'Innocent qu'elle le garda jusqu'au lendemain matin. Coz fut chargé de le ramener au collège, où il fut reçu par l'annonce d'une retenue de récréation pour n'être pas rentré la veille. Il eut beau réclamera le maître d'étude lui répondait toujours: «C'est le règlement! je n'y puis rien changer». Il se soumit en pleurant et, de même que Simplicie, réfléchit avec douleur aux douceurs de la vie de famille dont il s'était privé, et aux ennuis pénibles que lui valaient son obstination et son ingratitude. Il réfléchit aux privations quotidiennes qu'il endurait, et l'heure matinale du lever, à la nourriture mauvaise et insuffisante, à la tyrannie des élèves, à la longueur des leçons, aux punitions infligées pour la moindre négligence, et il se repentit amèrement d'avoir forcé son père à l'envoyer dans cette maison d'éducation.
XV
LA POLICE CORRECTIONNELLE
Quelques jours après la visite d'Innocent, Mme Bonbeck sortait de table avec ses Polonais reconnaissants, ayant chacun sur le corps une belle chemise à carreaux lilas et bistre, lorsque Croquemitaine entra effarée, présentant d'une main tremblante un papier à sa maîtresse. Mme Bonbeck prit le papier avec empressement. Je parcourut, tapa du pied, laissa échapper un juron et, se tournant vers les Polonais:
—C'est une horreur! C'est une infamie! Mes pauvres amis! on vous traîne en police correctionnelle! on vous accuse d'avoir voulu assassiner Mme Courtemiche et son chien.
—Ha! ha! ha! répondit Boginski en riant; moi savoir ce ce que c'est. Ce n'est rien, pas de danger. Mme Courtemiche, vieille folle; son chien, méchante bête. Coz et moi avoir jeté chien par la fenêtre, puis Mme Courtemiche avec chien; voilà tout.
MADAME BONBECK.—Comment, voilà tout? Mais c'est énorme! Avec une femme furieuse qui veut plaider, vous serez condamnés à l'amende, à la prison.
BOGINSKI.—Eh bien, pas si mauvais! Amende, pas payer, pas d'argent; prison, pas bien grand malheur: gouvernement nourrit et couche. Pauvre Polonais habitués à mal coucher mal manger. Pas souvent rencontrer des Bonbeck, si bon, si Boginski termina sa phrase eh baisant avec attendrissement les mains ridées de sa bienfaitrice; qui éclata en sanglots.
MADAME BONBECK.-Mon pauvre garçon! hi! hi! hi! je suis désolée! hi! hi! hi! Il faut aller demain au tribunal; le juge d'instruction vous interrogera. Le papier dit que c'est à une heure, hi! hi! hi! J'irai avec vous, mon ami, je vous protégerai; et le pauvre Coz aussi; car il est également appelé devant le juge d'instruction.