SIMPLICIE.—Non, non, je te dis que je sens dans ma tête et dans mon coeur qu'elle a raison. Je vois à présent comme j'étais sotte de vouloir venir à Paris, comme c'était mal pour pauvre maman et pour papa, de bouder, de pleurer, de les tourmenter pour nous laisser aller à Paris. Innocent est cause de tout cela, mais je n'aurais pas dû l'écouter et j'aurais dû rester avec maman. Je voulais m'amuser. Je ne pensais pas à autre chose, et me voila bien punie; je n'ai jamais été si malheureuse que depuis que j'ai quitté maman. Le bon Dieu nous a envoyé une quantité de malheurs. Et puis ma tante qui est si méchante! Si j'avais su cela, je n'aurais jamais désiré venir à Paris. Je m'y ennuie à mourir; on y est toujours enfermé; on ne peut pas se promener et courir à son aise; les rues sont crottées et pleines de monde; on ne connaît personne. Je veux écrire demain à maman pour la prier de me laisser revenir à Gargilier. Veux-tu, Prudence?

PRUDENCE.—Si je veux! Oh! Mam'selle, je serai si contente! C'est moi qui m'ennuie à Paris, allez! je ne vous ai pas fait voir le chagrin que j'avais en m'en allant et celui que j'ai dans ce maudit Paris. Écrivez, écrivez, Mam'selle! Dieu de Dieu! serai-je contente quand il faudra monter en voiture pour retourner là-bas! Je ne regretterai qu'une chose à Paris; c'est ce pauvre Coz, qui nous a été si utile et qui nous sert si bien et qui a vraiment l'air de nous aimer!

SIMPLICIE.—Pourquoi ne l'emmènerions-nous pas?

PRUDENCE.—Impossible, Mam'selle; que dirait votre papa? lui qui ne le connaît seulement pas? Et puis Coz n'aurait rien à faire là-bas, il ne serait bon à rien.

Coz avait entendu la conversation par la porte restée entr'ouverte; il avait passé sa grosse tête rousse aux dernières paroles de Prudence, et il était entré tout à fait pendant qu'elle donnait le détail de ses qualités.

—Moi bon à tout. Madame Prude, dit-il, moi savoir tout faire; soigner chevaux, bêcher terre, faucher herbe, servir dans maison, écrire comptes. Moi domestique-intendant chez comte Wieizikorgaczki; moi tout dire, tout ordonner, tout faire. Moi aimer maître, moi vous aimer tous.

Prudence restait interdite; Simplicie riait.

SIMPLICIE.—Tu vois. Prudence, que Coz nous sera très utile. Si maman veut bien nous faire revenir à Gargilier, nous emmènerons certainement Coz. Papa ne le renverra pas, j'en suis sûre.

COZ.—Merci, Mam'selle; moi apprendre polonais à vous et à frère; moi aimer campagne, moi aimer tout; seulement pas aimer Russes; moi tuer Russes à Ostrolenka à Varshava, partout.

Simplicie riait toujours; Prudence se rassurait.