MADAME COURTEMICHE.—Eh bien, oui, je monterai je n'abandonnerai pas
Chéri-Mignon.
Mme Courtemiche descendit de l'intérieur, suivit le conducteur et se prépara à grimper après lui l'échelle qu'on avait appliquée contre la voiture. A la seconde marche, elle trébucha, lâcha son chien, qui alla tomber en hurlant aux pieds d'un voyageur, et serait tombée elle-même sans l'aide d'un des garçons d'écurie resté au pied de l'échelle, et du conducteur, qui la saisit par le bras.
—Poussez, cria le conducteur; poussez, ou je lâche.
—Tirez, cria le garçon d'écurie; tirez ou je tombe avec mon colis.
Le conducteur avait beau tirer, le garçon avait beau pousser, Mme
Courtemiche restait au même échelon, appelait d'une voix lamentable son
Chéri-Mignon.
—Le voilà, votre Chéri-Mignon, dit un voyageur ennuyé de cette scène. A vous, conducteur! ajouta-t-il en ramassant le chien et en le lançant sur l'impériale.
Le voyageur avait mal pris son élan; le chien n'arriva pas jusqu'au sommet de la voiture; il retomba sur le sein de sa maîtresse, que le choc fit tomber sur le garçon d'écurie; et tous trois roulèrent sur les bottes de paille placées là heureusement pour le chargement de la voiture, entraînant avec eux le conducteur, qui n'avait pas pu dégager son bras de l'étreinte de Mme Courtemiche. La paille amortit le choc; mais le chien, écrasé par sa maîtresse, redoublait ses hurlements, le garçon d'écurie étouffait et appelait au secours, le conducteur ne parvenait pas à se dégager du châle de Mme Courtemiche, des pattes du chien et des coups de pied du garçon; les voyageurs riaient à gorge déployée de la triste position des quatre victimes. Enfin, avec un peu d'aide, quelques tapes au chien, quelques poussades à la dame et quelques secours au garçon, chacun se releva plus ou moins en colère.
—Madame veut-elle qu'on la hisse? dit un des voyageurs.
—Je veux user de mes droits, répondit Mme Courtemiche, d'une voix tonnante.
Et, saisissant son Chéri-Mignon de ses bras vigoureux, elle s'élança, avec plus d'agilité qu'on n'aurait pu lui en supposer, à la portière de l'intérieur restée ouverte. De deux coups de coude elle refit sa place et celle de Chéri-Mignon, et déclara qu'on ne l'en ferait plus bouger.