Les cinq autres convives s'acquittèrent si bien de leurs fonctions, que le panier demeura entièrement vide; les Polonais en avaient consommé les trois quarts; quand Simplicie demanda encore une poire et de la galette, tout était mangé. Prudence se repentit de n'avoir pas mieux surveillé et ménagé les provisions; elle jeta un regard de travers aux Polonais; ceux-ci étaient rassasiés et contents: ils ne bougèrent plus jusqu'à l'arrivée à Laval, où les voyageurs descendirent pour attendre le train qui devait les mener à Paris,

III

LE CHEMIN DE FER

—J'espère que nous serons plus agréablement en chemin de fer que dans cette vilaine diligence, dit Simplicie.

C'étaient les premières paroles qu'elle prononçait depuis leur départ;
Mme Courtemiche et son chien l'avaient terrifiée ainsi qu'Innocent:

—Faites enregistrer votre bagage! cria un employé,

—Où faut-il aller? dit Prudence.

—Par ici, Madame, dans la salle des bagages.

—Prenez vos billets, dit un second employé. On n'enregistre pas les bagages sans billets.

Prudence ne savait auquel entendre, où aller, à qui s'adresser; Simplicie à sa droite, Innocent à sa gauche gênaient ses mouvements; elle demandait sa malle aux voyageurs, qui l'envoyaient promener, les uns en riant, les autres en jurant. Enfin, les Polonais lui vinrent obligeamment en aide: l'un se chargea des billets, l'autre du bagage. En quelques minutes tout fut en règle.