—Ça pas difficile, dit un des Polonais. Moi connaître hôtel excellent pour coucher et manger.

—Excellents Polonais! sauvez-nous. Menez-nous dans quelque maison où mes jeunes maîtres soient en sûreté, et ne nous quittez pas, ne nous abandonnez pas.

—Rue de la Clef, 25! s'écrièrent les Polonais en sautant dans le fiacre.

—C'est diablement loin, murmura le cocher en refermant la portière avec humeur.

Le fiacre se mit en route; Prudence tranquillisée par la présence de ses sauveurs, se mit à regarder avec une admiration croissante les boutiques, les lanternes, le mouvement incessant des voitures et des piétons.

Le coeur des Polonais nageait dans la joie; leur petite bourse restait intacte; ils avaient vécu toute la journée aux dépens des Gargilier, et ils étaient certains de pouvoir continuer leur protection intéressée pendant deux ou trois jours encore.

Innocent et Simplicie pleuraient leurs espérances trompées; ils étaient humiliés, désolés et déjà découragés. Les exclamations de Prudence les tirèrent pourtant de leur abattement, et ils admirèrent à leur tour, en longeant les quais, cette longue file de lumières reflétée dans l'eau et ces boutiques si bien éclairées.

Enfin, ils arrivèrent rue de la Clef, 25. La maison était de pauvre apparence; les Polonais descendirent et demandèrent les logements nécessaires. Il fallut payer d'avance, Prudence leur remit dix francs, prix des cinq lits nécessaires pour la nuit. On descendit la malle de dessus l'impériale; on la monta le long de l'escalier sale, sombre et infect qui, menait aux logements arrêtés, et on entra dans un appartement composé de deux pièces; la première était sans croisées et contenait deux lits pour les Polonais. La seconde avait une fenêtre et trois lits pour Prudence et les enfants. On leur apporta leur malle, une chandelle pour eux et une autre pour la première pièce.

—Madame a-t-elle besoin de quelque chose? demanda la fille.

—Rien, rien, répondit tristement Prudence.