—Sotte fille! Tu le veux, eh bien! soit; mais réfléchis bien avant d'accepter ce que je te propose. J'écrirai à ta tante, Mme Bonbeck, pour qu'elle te reçoive et te garde jusqu'à l'été; une fois que tu seras là, tu y resteras malgré prières et supplications.
—J'accepte, j'accepte, s'écria Simplicie avec joie.
MADAME GARGILIER.—Tu n'as jamais vu ta tante, mais tu sais qu'elle n'est pas d'un caractère aimable, qu'elle ne supporte pas la contradiction.
—Je sais, je sais, j'accepte, s'empressa de dire Simplicie.
Le père regarda Innocent, et Simplicie, dont la joie était visible; il leva encore les épaules, et quitta la chambre suivi de sa femme.
Quand ils furent partis, les enfants restèrent un instant silencieux, se regardant avec un sourire de triomphe; lorsqu'ils se furent assurés qu'ils étaient seuls, qu'on ne pouvait les entendre, ils laissèrent éclater leur joie par des battements de mains, des cris d'allégresse, des gambades extravagantes.
INNOCENT.—Je t'avais bien dit que nous l'emporterions à force de tristesse et de pleurs. Je sais comment il faut prendre papa et maman. En les ennuyant on obtient tout.
SIMPLICIE.—Il était temps que cela finisse, tout de même; je n'y pouvais plus tenir; c'est si ennuyeux de toujours bouder et pleurnicher! Et puis, je voyais que cela faisait de la peine à maman: je commençais à avoir des remords.
INNOCENT.—Que tu es bête! Remords de quoi? Est-ce qu'il y a du mal à vouloir connaître Paris? Tout le monde y va; il n'y a que nous dans le pays qui n'y soyons jamais allés.
SIMPLICIE.—C'est vrai, mais papa et maman resteront seuls tout l'hiver, ce sera triste pour eux,