Les enfants, surpris et un peu troublés d'abord, partirent d'un éclat de rire qui rassura Coz. Il entra tout à fait. Les enfants, le prenant pour un fou, se mirent à crier. Simplicie était honteuse et désolée. Coz avançait toujours en souriant; les enfants reculèrent jusqu'au coin le plus éloigné de la chambre en continuant à appeler leurs bonnes, deux autres portes s'ouvrirent; la bonne de Clara et de Marthe entra par l'une pendant que Prudence apparaissait par l'autre. La bonne, voyant cet homme roux, à longs cheveux, à moustaches et à barbiche,, crut que c'était un voleur, et appela au secours de toutes la force de ses poumons; deux domestiques accoururent, et, partageant l'erreur de la bonne, Se jetèrent sur Coz, qui se débattait en criant:
—Moi Polonais; moi pas faire mal, moi chercher fiacre; moi ami de Mme Bonbeck… Lâchez! lâchez!… Polonais mauvais en colère; moi tuer beaucoup de Russes à Ostrolenka!
Plus il parlait et plus les domestiques tenaient à s'assurer de ce fou dangereux. Ils l'avaient saisi, le tenaient fortement et s'apprêtaient à l'emmener, quand Prudence, s'élançant à son secours, cria aux domestiques:
—Arrêtez, Messieurs: c'est notre ami, notre sauveur! C'est M. Coz, brave Polonais: il a accompagné Mlle Simplicie; il nous a protégés en voyage; il a jeté par la fenêtre le méchant chien qui nous a mangé notre veau, il nous a emmenés dans une auberge; il nous suit partout, il est très bon, je vous assure.
La bonne, qui comprenait enfin son erreur, dit aux domestiques de laisser aller le Polonais. Coz avait ses habits en désordre; le noeud de sa cravate était à la nuque, ses cheveux étaient ébouriffés; il arrangeait ses vêtements, ces cheveux, sa cravate, tout en marmottant:
—Moi Polonais; moi tirer Russes, moi chercher voiture, moi appeler Mlle
Simplicie; moi pas content; moi dire à Mme Bonbeck!
Simplicie, rouge et humiliée, restait muette et immobile; les enfants, que la bonne avait calmés, et qui comprenaient la méprise, cherchèrent à leur tour à rassurer Simplicie; Clara et Marthe lui proposèrent de venir les voir le soir pour passer plus de temps ensemble; Sophie et Marguerite lui firent leurs excuses de la scène, qui venait d'avoir lieu, et firent si bien que Simplicie crut que le tort venait d'elles et non de Coz. Simplicie reprit son air satisfait et s'en alla en promettant de revenir. Quand elle fut partie, les enfants furent pris d'un fou rire, et toutes quatre se roulèrent sur les canapés en riant à suffoquer. La bonne partagea leur accès de gaieté.
—Quelle drôle de visite nous avons eue là! s'écria enfin Marguerite.
SOPHIE.—Et quelle toilette ridicule avait Simplicie!
MARTHE.—Et quelle figure a cet homme roux qui l'accompagne!