PRUDENCE.—Ça fait que monsieur votre papa ma bien recommandé de ménager l'argent, et que nous en avons terriblement dépensé jusqu'à présent.
SIMPLICIE.—Ah bah! Nous ne dépenserons plus rien maintenant que nous sommes chez ma tante.
PRUDENCE.—Pardon, Mam'selle; votre papa m'a ordonné de payer la moitié de la dépense chez madame votre tante, qui n'est pas assez riche pour nous garder sans rien payer.
SIMPLICIE.—C'est tout de même ennuyeux. Ce Polonais est ridicule; ces demoiselles se sont moquées de lui… et de moi aussi bien certainement.
PRUDENCE.—Et que vous importe que ces péronnelles se rient de vous?
Est-ce que je m'en tourmente, moi? Est-ce que nous avons besoin d'elles?
Est-ce que ça m'amuse d'y aller?
Pendant qu'on se moquait de vous au salon, les domestiques riaient de moi et du pauvre Coz, à l'antichambre.
SIMPLICIE.—Que t'ont-ils dit? de quoi se sont-ils moqués?
PRUDENCE.—Que sais-je, moi? De tout! de notre cocher de fiacre, de votre belle toilette, de la mienne, de mon bonnet breton, comme si j'allais me mettre en marionnettes comme leurs filles, avec leurs ridicules cages qui accrochent les passants et qui emportent les boutiques des petits marchands. C'est pour cela que Coz, qui commençait à se mettre en colère, à été chercher une voiture pour nous tirer de là.
SIMPLICIE.—C'est agréable de ne pas pouvoir rester chez mes amies parce que Coz et toi vous dites des choses ridicules.
PRUDENCE.—Comment, Mam'selle! Qu'ai-je dit, moi, de ridicule? J'ai pris parti pour vous, qui êtes ma jeune maîtresse, et je le ferai toujours, quoi que vous en disiez. Ce n'est pas ridicule cela. Et ce pauvre Coz est un bien bon garçon; il fait tout ce qu'on veut, ne se refuse à rien, et ne demande qu'à être bien nourri. Vouliez-vous qu'il vous laissât insulter sans répondre?